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Une claque de trop.

 

Un jour de milieu de canicule durant l'été 2009, HamakBob n'en pouvant plus décide qu'il préfère aller passer la soirée et peut-être une partie de la nuit sur une terrasse de sauna où l'air risque d'être plus frais que dans notre petit appartement en allée de quilles. Il m'invite et j'accepte.

« Une chambre double » demande HamakBob à l'employé qui se trouve de l'autre côté du comptoir lors de notre arrivée. L'employé est gentil et nous offre d'essayer une chambre qui devrait être un peu plus fraiche et que je ne me souviens pas avoir déjà essayée auparavant, pour ma part. HamakBob lui, il a surement déjà essayé chacune des chambres de cet établissement, car c'est son préféré. (Non, je ne vous dis pas lequel.)

Par le passé, il nous arrivait de prendre soit chacun une petite chambre soit un casier et une chambre (le casier n'ayant d'autre utilité que je payer le prix d'entrée et ce même si au début j'insistais pour y laisser mes affaires). Mais, on a vite remarqué que ça nous revenait plus cher qu'une chambre double pour deux chambres et le même prix pour une chambre et un casier. Surtout que depuis la disparition des affiches interdisant les attouchements dans les lieux communs suite à la décision de la Cour suprême du Canada concernant le défunt club l'Orage, nous n'utilisons plus beaucoup notre chambre.

En fait, cela dépend beaucoup du nombre et du type de clientèle qu'on rencontre dans les lieux communs tels que les salons vidéo. Maintenant que c'est apparemment légal, je n'ai plus peur d'avouer que notre intérêt à moi et HamakBob, notre raison d'aller au sauna, c'est afin d'avoir des contacts sexuels l'un avec l'autre, bien sûr, mais aussi avec les autres, en respectant les gouts et les limites de chacun, et cela, confortablement installés sur un sofa d'un salon vidéo, ou où que notre fantaisie du moment nous conduise.

Malheureusement, ce soir-là, un jour de semaine, le nombre de clients était réduit. Quelques-uns nous semblèrent intéressants ou intéressés, mais ce n'était pas réciproque. Nous avons donc profité du calme et de la fraicheur de la terrasse une bonne partie de cette fin de soirée, retournant à l'intérieur à quelques reprises soit pour faire le tour soit pour fuir un fumeur assis trop près de nous pour le vent nous épargne de sa fumée secondaire.

La dernière fois que nous quittâmes la terrasse ce soir-là, toutes les chaises étaient occupées, mais la moitié de leurs occupants semblait dormir. Au moins un homme ronflait. Nous nous sommes dirigés vers un salon vidéo. HamakBob prit place sur un « sofa » et réclama un peu « d'attention ». Après quelques échanges de calins, je me décidai enfin à lui faire plaisir. Notre relation ne va pas à sens unique, je ne suis pas dominé par mon chum, mais HamakBob aime bien être le sujet de longues séances de fellation (surtout si quelqu'un qui lui plait accepte de recevoir ce type de caresses de sa part au même moment).

Donc, je pris place sur mes genoux « au pied du sofa », ma serviette sous moi, afin d'être en bonne position pour une séance de quelques dizaines de minutes, avant qu'un changement de position s'impose. Lorsque je décide de m'occuper de l'homme que j'aime, la présence des autres hommes devient plus ou moins secondaire. Aussi je me souciais peu qu'ils puissent voir mes fesses (alors que j'insiste pour remettre ma serviette lors des déplacements).

Peu de temps s'écoula avant qu'un homme pénètre dans le salon. Lors de nos visites précédentes à ce même sauna, nous continuions plus ou moins nos ébats même lorsqu'ils attiraient quelques hommes voulant profiter du spectacle sans nous déranger. Alors, habitué à quelques mouvements autour de moi, cela ne me perturba pas lorsque l'homme vint s'assoir non loin, sur un autre sofa. Je tentai toutefois de l'apercevoir sans interrompre ce que je faisais. Avec le peu que j'en vis, l'homme me parut d'abord être plutôt joli et peut-être bien de mon gout malgré la barbe lui couvrant le contour inférieur du visage et peut-être un excès de tatouages sur son corps.

Je poursuivais mon activité tout en essayant de mieux voir l'homme qui me parut tout d'un coup être mal à l'aise pour une raison qui dépassait ma compréhension, aussi, je n'en tenu pas compte lorsqu'il se déplaça sur le bord du sofa, les coudes sur les genoux. Je décidai de ne plus m'y intéresser, j'avais bien mieux à faire.

L'homme décida alors qu'il souhaitait voir la scène sous un angle différent. Il passa donc derrière moi. Mon arrière-train semblait l'intéresser, mais ce n'était pas une bonne journée pour ça. C'est rarement une bonne journée pour recevoir des caresses dans cette région lorsqu'on passe une partie de ses journées devant un écran... je vous épargne les détails. Malgré tout, l'homme inspecta la région d'une main. Il n'inséra pas de doigt au centre alors je le trouvai bien gentil. Je n'aime pas qu'on me touche à certains endroits sans demander, mais il m'arrive de laisser passer un attouchement avant de changer de position de façon à refuser les futurs accès à la région.

Tout de suite après ses petites caresses sur mes fesses, l'homme crut bon de donner une petite claque à chacune d'elles. Je crois que pendant ce temps, HamakBob essaya de lui signifier de me laisser tranquille, moi ou simplement mon anus, l'homme se releva et fit quelques pas de côté. Je commençais à me demander ce qu'il voulait. Non, en fait, dès son apparition, j'ai commencé à me demander ce qu'il voulait, car je le trouvais un peu étrange. Le genre d'impression qu'on réfute aussitôt, car elle nous semble absurde. Mais là, je commençais à envisager d'interrompre « mon travail » et me déplacer en direction opposée à lui. Non, allez, je me fais des idées...

L'homme repasse derrière moi. Tout à coup, je ressens sur une fesse la plus vive brulure que je n’ai jamais ressentie de ma vie et HamakBob cria quelque chose dont j'ai oublié la teneur exacte. Je ne compris pas tout de suite que je venais de recevoir sur la fesse une claque vraiment très violente.

Après le cri de mon chum, je crois me souvenir que l'homme disait des choses du genre « C'est pas ce que vous vouliez ? Bien faites donc ça en privé d'abord ».

Toute la suite est un peu confuse dans ma mémoire. Oh, je me souviens de presque tout. Mais pas toujours des paroles exactes. L'attitude de l'homme m'a quelque peu bouleversé. Mais ce n'était rien à côté de ce qu'il venait de dire. J'ai tenté de lui demander ce qu'il avait contre les changements législatifs qui permettaient aujourd'hui les rapports dans les pièces communes des saunas. Le seul résultat fut qu'il répéta plus ou moins mes paroles en se moquant.

Mais déjà, HamakBob avait ramassé ses affaires et quittait le salon. Je n'ai pas remarqué s'il m'avait demandé de le suivre, mais je comprenais où il souhaitait aller avec si tant d'urgence. Mais les employés étaient occupés alors on se retrouva non loin à notre chambre. L'homme nous y retrouva par un autre chemin et commença à nous lancer des injures telles que « stid'tapettes ». Mais pas assez fort pour que les employés entendent.

Lorsque j'ai voulu raconter ma petite histoire aux employés, il me rejoignit afin de me contredire et continuer à se moquer de moi en disant « bien voyons, c'était juste des petites claques ». Cela m'a fâché et j'ai un peu honte des menaces de lui en donner une à mon que j'ai proférées à son encontre à ce moment. L'un des employés avait un visage montrant qu'il n'approuvait pas non plus.

Au début de ma vie avec HamakBob, je n'étais pas aussi colérique. Du moins, avec les inconnus. Mais plus je me promène dans la ville, plus je me rends compte que les gens sont idiots. Mais ça, c'est une autre histoire.

D'après ce que j'ai entendu un des employés mentionner alors qu'il croyait que je me trouvais plus loin, cet homme fut souvent la cause de plaintes de la part des autres clients lorsqu'il était sur place.

Cette agression, qui avec le recul ou d'un point de vue extérieur parait bien peu de choses, a non seulement gâchée notre soirée à peine entamée (il ne nous était plus possible de rester sur place après cela même si l'homme nous a annoncé comme s'il s'agissait d'une défaite à une partie d'échecs qu'il quittait), mais a aussi été une source de bien des soucis pour moi dans les jours qui ont suivi.

Comme je l'ai mentionné, il nous a dit d'aller en privé. Cela sema le doute en moi et je passai tout mon temps libre des jours suivants à essayer d'éclaircir le mystère de la légalité des rapports « en public » dans un lieu à accès restreint. Je n'ai pas demandé à des policiers, mais je crois être quand même assez intelligent pour comprendre qu'après la décision de la Cour suprême du Canada concernant le défunt club l'Orage, il serait surement difficile d'intenter le même type de poursuite envers un sauna gai où il y a généralement moins d'action qu'il n'y en avait dans la « chambre privée » de l'Orage.

Ainsi, j'ai mis à jour ma page sur les saunas gais afin d'inclure une ennuyante section légale. C'était important pour moi de clarifier la situation afin d'avoir l'esprit plus tranquille lors de notre prochaine visite d'un sauna. En fait, advenant que cela ne fût pas légal, je crois que je n'aurais pas vu l'utilité d'accompagner HamakBob dans un sauna à nouveau, puisque pour les rapports en privé, on a un appartement bien à nous.

Mais il reste que je risque de ne plus tolérer la moindre petite claque.

 

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Dernière modification de la page : 8-08-2010